vendredi 28 juin 2024

La France et les Etats-Unis : pris en étau

Les États-Unis ont deux alternatives repoussantes aux prochaines élections présidentielles, à savoir, la faiblesse et la désinvolture, la tergiversation et le mensonge en permanence.

La France a trois choix désespérants aux élections législatives : le parti au pouvoir - impopulaire, à court d'idées ; le soi-disant Nouveau front populaire - anti-sémite, prêt à trahir les valeurs de la France pour obtenir des suffrages coûte que coûte ; le Rassemblement national - bénéficiaire du ras-le-bol de la France en dehors de la région parisienne, peu convaincant pour autant en matière d'économie, d'affaires étrangères et de gestion en général.

La fraternité franco-américaine se représente dans bien des formes !

dimanche 28 avril 2019

Le refus franco-américain du changement

Il n’y a pas de pays qui n’ait pas besoin de réformes et la France et les États-Unis ne dérogent pas à la règle. Le propos de ce blog a toujours été de trouver des points communs entre les deux pays et s’agissant de la résistance à la réforme, les Français et les Américains sont côte à côte en premier rang parmi les pays développés du monde. Et en France et aux USA toute tentative de réforme échoue ou presque. Les raisons du phénomène ont pourtant trait aux caractéristiques particulières du terrain.

Le peuple français montre toujours du respect pour sa tradition frondeuse en s’opposant à toute réforme proposée par le gouvernement, que celui-ci soit de la droite, de la gauche et à nos jours, du centre-libéral. Chaque réduction des allocations sociales, chaque changement du temps de travail, l’idée même de reculer l’âge de la retraite – voilà une liste non-exhaustive des incitations franco-françaises à descendre dans la rue.

Le gouvernement, est-il cependant méchant, ou se voit-il obligé à faire face à une réalité imposée par les lois de l’économie, voire les simples équations que tout écolier doit maîtriser ? La France n’a plus la capacité de maintenir l’État providence, mais les Français n’en ont cure. Ils persistent à vivre dans le déni, comme si on était toujours en plein temps de prospérité économique et l’état était capable de payer tous ses caprices.

Je viens de faire le portrait d’une nation où le gouvernement est le professeur et le peuple est le cancre. 

Aux USA, c’est l’inverse. Les Américains sont a priori plus vertueux que leurs dirigeants. Ils réclament, selon les sondages, la réforme de la fiscalité (en faveur des foyers modestes et non pas les multinationales), de la couverture sanitaire, de la réglementation des armes. Mais, à la seule mention du moindre engagement qui pourrait pousser la société américaine vers la solidarité, le Parti républicain invoque le « socialisme » (rien de pire pour la mentalité ultralibérale de la droite) et la hantise du Venezuela fait rentrer les brebis dans leur bergerie (notons bien que le Parti démocrate y est souvent pour quelque chose, d’autant que ses propositions de loi, quoi qu’elles aillent dans le bon sens, souvent manquent l’ambition qu’il faut)C’est une curiosité de notre carte électorale que la volonté d’une minorité puisse ainsi s’imposer (rappelez-vous que Hillary Clinton a recueilli plus de voix que Trump et a cependant perdu l’élection de 2016).

Les Français veulent une baisse des impôts pour la classe moyenne, tout en maintenant les services publics. La classe politique américaine baisse les impôts des plus riches et des grandes entreprises, sans tailler dans le budget militaire. Dans les deux cas, il n’y a pas assez de vertu civique pour faire fonctionner l’état sans recourir à l’emprunt massif.

dimanche 25 décembre 2016

La France n’est toujours pas les États-Unis

Je sais que je ne suis pas le seul à faire des études comparatives sur la France et les États-Unis en amateur, loin de là.  Je me rends compte que depuis le début de notre (très longue) campagne présidentielle, en France aussi toute une communauté s’y est dédiée.   Vous voulez savoir si vous en arriverez à la mauvaise passe où nous nous trouvons depuis le 8 novembre; vous mettez les sociétés française et américaine sous la loupe pour déterminer si le Front National pourrait remporter les présidentielles en 2017.  Vous êtes inquiétés et pour cause.  Si Trump a gagné aux USA, contre toute attente, comment éviter le pire en France ?

Je ne crois pas pour autant qu’il y ait autant de colère en France qu’aux USA – une colère dont Trump a tant bénéficié pour remporter son étonnante victoire du 8 novembre.  Mais cette victoire historique n’était pas due qu’à la colère.  Les médias et la classe politique américains ont prévu la victoire certaine de Hillary Clinton.  Ils n’ont pas tenu compte du bouleversement économique depuis la crise de 2008 qui a tant nui au niveau de vie des ouvriers, ni du ressentiment culturel de ces derniers en raison de l’immigration de masse.  Les élites espéraient que Hillary Clinton aurait raison de Donald Trump ; le peuple, lui, espérait l’inverse.

Je viens de vous donner de quoi vous inquiéter.  A priori toutes les conditions sont réunies en France pour qu’un candidat populiste (à l’instar de Trump) vienne balayer l’ordre établi.  Pire, s'il n’y a pas autant de colère chez vous qu'ici, il y a tout de même un mécontentement qui agira d’une façon imprévisible sur l’électorat français.  C’est probable que Fillon gagnera, mais personne ne peut en être certain ; voilà la leçon que vous devriez tirer de notre élection récente (les Américains, donneurs des leçons !)

Imaginons donc que Marine Le Pen soit élue en 2017, qu’en serait le résultat pour le quotidien des Français ? Mme Le Pen tenterait d’imposer des restrictions sur l’immigration - cependant, même la présidente de la France ne serait pas en mesure de l’interdire.  Elle proposerait un référendum sur la sortie de l’UE et la monnaie unique, mais une telle initiative échouerait probablement.  Elle s’engagerait dans la voie de l’antilibéralisme économique, mais qui l’écouterait ? La France serait aussi difficile à réformer pour l’extrême droite qu’elle ne l’a été pour la gauche et la droite traditionnelle.  Rappelons-nous aussi que le FN n’a pas fait preuve de sa brillance en matière de gestion dans les communes où il a été au pouvoir.  Qui plus est, alors que Trump dispose d’une majorité absolue et dans le Sénat et dans le Congrès, combien de députés soutiendraient le programme de Marine Le Pen ?

En bref, un quinquennat hypothétique de Marine Le Pen ferait long feu.

Vous avez d’autres soulagements, à savoir votre système électoral, à lui seul, empêcherait le FN de gagner - l’élection de 2002 en a déjà fait la preuve.  Les électeurs de la gauche (ou au moins quelques-uns) se déplaceraient aux urnes pour faire barrage au Front National.  Si nous avions eu le système à deux tours, Trump n’aurait pas été élu, j’en suis convaincu.

Malgré l’admiration que Marine Le Pen a exprimée à l’égard de Trump, ils ne se ressemblent guère en tant que personnalités politiques.  Que l’on soit d’accord avec MLP ou pas, elle peut être provocatrice, mais elle n’est pas grossière.  Elle s’exprime bien, tandis que Trump s’exprime très mal Marine Le Pen souhaite se dédiaboliser, tandis que M. Trump a l’intention de mettre en marche un programme outrancier, quelles qu’en soient les conséquences.  


L’exception française a du moins le mérite de vous épargner la galère que le mandat de Donald Trump nous apportera.  Vous êtes chanceux.

mardi 1 mars 2016

Maintenant, les lecteurs du New York Times ont peur pour l’avenir de la France

A en croire les envoyés spéciaux du New York Times, la 5e République est en danger. D'après eux, il est fort probable que Marine Le Pen, la candidate présumée de l’extrême droite, remportera l’élection présidentielle de 2017, vu la montée de l’extrême droite en Europe en général et le mécontentement de l’électorat français en particulier.  Toutes les conditions sont réunies, à savoir chômage de masse, afflux des migrants, ras-le-bol du projet européen, pour la chute de la démocratie en France.

Les beaux esprits de notre journal de référence nous feraient croire que les années 30 sont de retour.

Vous et moi, pourtant, nous savons que la réalité est tout autre.  Le mouvement que dirige Marine Le Pen n’a rien à voir avec l’extrême droite ; le FN est un parti populiste dont les adhérents se sentent victimes de la mondialisation et l’espace Schengen.  Il ne s'agit pas d'apprentis Nazis.  Quoi qu'il en soit, Marine Le Pen sera éliminée dès le second tour et ce sera Alain Juppé - un personnage aussi anodin qu’inconnu aux USA - qui accèdera au pouvoir en 2017.  La vérité n’attire pas de lecteurs.

dimanche 31 janvier 2016

En matière d’appartenance religieuse, avantage USA

Les signes religieux ostentatoires ne cessent de vous tourmenter. Chez certains beaux esprits, le collier avec croix n’est pas une légitime expression religieuse - c'est une atteinte à la laïcité. Comment en est-on arrivé là ?

La loi de 1905 était censée résoudre les questions les plus épineuses sur le rôle de l'église dans un état de droit, mais, malheureusement, ces questions sont réapparues et ça fait quarante ans au moins qu'elles vous préoccupent, voire obnubilent.  Ce n’est pas que la présence croissante de l’Islam en France à laquelle ce débat sempiternel est dû. Vous avez débattu du rôle du voile intégrale dans un état laïc et ce voile agaçant est désormais interdit. Mais si le voile n’est plus permis, pourquoi pas le port de la croix et de la kippa aussi ? Une fois que la question semble résolue, les croyants de tous bords se rebiffent et l’on se voit obligé de retourner à la case départ.  Plus on en débat, plus on s’éloigne d’une solution durable, paraît-il.

La loi de 1905 a eu des effets inattendus, voire pervers.  Elle exige que la religion reste dans le domaine de la vie privée, mais cette dernière n’est pas si facile à définir. S’agit-il de la vie privée ou la vie sécrète des personnes ? Dès lors que nos croyances religieuses se font connaître (par un voile, une croix, une kippa ou par un nombre illimité d’autres moyens), appartiennent-elles encore à l’espace privée ou donnent-elles un caractère religieux å l’espace publique ?  

On ferait mieux de tenter de déterminer combien d’anges peuvent danser sur une tête d’épingle.  Vous avez tant de mal à imaginer que la religion et la société civile puissent coexister.  Votre histoire vous a peut-être appris à vous méfier de la religion et à en juger par bien des éditoriaux, tribunes et commentaires que j’ai lus sur le sujet, vous êtes assez loin encore de vous mettre d’accord sur la bonne solution.

Certes, l’histoire américaine est marquée par des interrogations sur le rôle de la religion.  Nous nous vantons de ne pas avoir une religion officielle, mais en dépit de ce principe, si louable qu’il soit, ce sont les militants du christianisme qui exercent l’influence la plus disproportionnée sur le processus politique des USA, au point que les candidats de notre parti politique de droite doivent se mettre en conformité avec leurs réclamations, s’ils veulent passer au second tour.

Je suis pourtant fier d’être né dans un pays de si belles contradictions.  En France, vous devez avoir l’impression que les croyants du christianisme ont la mainmise sur les leviers de pouvoir politique (à moins que vous fassiez partie de cette affreuse minorité qui croient que ce sont les juifs plutôt qui les détiennent).  Mais, quelle que soit son appartenance religieuse, dès qu’un aspirant à la citoyenneté foule le sol américain, on devient américain, dans un certain sens. Cela vaut pour les musulmans - cela vaut pour tout le monde. Donald Trump a beau proposer d’interdire le droit d’entrée aux musulmans, c’est lui qui va à l’encontre aux principes fondamentaux du pays qu’il prétend diriger.

En France par contre, c'est très possible d’y grandir sans se sentir français pour autant. Quelques-uns attribuent ce phénomène à l’islamophobie et au racisme. La faute incombe à la double nationalité et le manque d’allégeance qui va avec, ou même l’incompatibilité de l’Islam avec les valeurs républicaines, ripostent quelques autres. Il conviendrait de nous rappeler que l’islamophobie et le racisme existent aux USA et c’est vrai qu’ils incitent certains individus à la violence ; cependant, l’énorme majorité de nos musulmans se sentent américains.

Aux USA, nous avons une culture de l’immigration, ce qui manque en France malgré des flots migratoires successifs depuis le 19e siècle ; cela pourrait contribuer au sentiment d’exclusion ressenti chez quelques Français issus de l’immigration. Mais vous avez aussi votre loi de 1905, qui impose une conception binaire « religion - république ».  Celle-ci n’est pas faite pour dérouler le tapis rouge devant ceux de forte croyance religieuse.

samedi 14 novembre 2015

Des questions

Le bilan : lourd.  Le choc : total. Les expressions de condoléances de la part des leaders mondiaux : sincères et tout ce qu’il faut dans les circonstances actuelles.

Pourtant, il y a des questions troublantes que je ne peux m’empêcher de me poser. Est-ce que c’est question de si une telle chose pourrait se passer en France, ou de quand ? Comme la plupart des occidentaux, je suis écœuré par les attentats d’hier, mais je n’en ai pas été surpris. Dans la foulée, les réponses officielles, seront-elles à la hauteur ? Ou s’agira-t-il du même débat stérile : pas d’amalgame pour la gauche, des appels à la reconduite à la frontière pour l’extrême droite, réponse floue pour la droite dite
« républicaine » ?

Puisqu’aux États-Unis nous n’avons pas été victimes d’une attaque terroriste de grande ampleur depuis 2001, cela signifie-t-il que nous en sommes protégés ?

Je me range du côté des présentes victimes des attentats du 13 novembre 2015.  Mais je dois aussi prendre conscience des futures victimes de tels attentats, dans l’espoir qu’il n’y en ait pas. À cet effet, de très gros problèmes non seulement sociaux, mais de valeurs devront se résoudre. Ce serait un casse-tête pour n’importe quel gouvernement, qu’il soit de gauche ou de droite.

jeudi 16 juillet 2015

La Réforme de l’école en permanence : vouée à l’échec

Å mon avis la réforme de l’école ne sert qu’à une chose : l’enfumage.  

Des deux côtés de l’Atlantique (mais particulièrement chez vous) l’école était jadis l’un des piliers de la société.  Aujourd’hui elle n'est plus malheureusement que la vitrine des maux de celle-ci. Il était une fois, l’école acculturait et assimilait (deux gros mots et en anglais et en français) ; elle était respectée. À nos jours l’école se voit obligée de s’incliner devant l’inculture et le rejet des repères communs.  Elle fonctionne, tant bien que mal, dans une société divisée, voire fracturée, ce qui veut dire souvent qu’elle n’arrive plus à réaliser sa mission.

L’école donc doit être réformée.

Et pourtant, malgré la lente dégradation de l’école (depuis 1968, il faut préciser), le ciel ne nous est pas tombé sur la tête.  La jeunesse française et américaine en sort suffisamment bien préparée pour...s’exiler en Angleterre ou au Canada  ou s’inscrire à Pôle emploi (s’agissant de la France) ou s’installer chez ses parents parce qu’il n’y a pas de travail assez bien payé (s’agissant des USA).  Mais nous restons respectivement la première et la cinquième puissances mondiales, tout comme pendant les Trente glorieuses. Comment l’expliquer ?

Dans un premier temps, les classes supérieures française et américaine tirent leur épingle du jeu.  Elles se réfugient dans l’école privée et pratiquent la ségrégation résidentielle, laquelle leur permet d’inscrire leurs enfants dans une meilleure école publique.  Elles ne pâtissent pas de l’inégalité des richesses qui sévit aux USA (mais de plus en plus en France aussi) - loin s'en faut : ce sont elles qui en bénéficient.
  

Cependant, L’Amérique et la France marchent malgré tout (tout comme les écoles près des meilleures adresses).  Les élites française et américaine ne sont peut-être pas à la hauteur des défis qu’elles doivent, d’une façon ou d’une autre, surmonter, mais elles gèrent nos beaux pays beaucoup mieux que la grande majorité des classes dirigeantes.  Autant dire que l’école fonctionne suffisamment bien pour éviter l’effondrement de la société. Dans un monde où il y a très peu de sociétés saines, ce n’est pas rien. 

Deuxièmement, la précarité n’est pas seulement la faute de l’école, elle est due plutôt à la mondialisation.  Si les fleurons de l’industrie française se font acheter par de grands groupes internationaux, l’école n’y est évidemment pas pour rien. Si la précarité nuit aux résultats scolaires, il faut chercher ailleurs que l’école pour trouver la solution. 

Quand nos élèves sortent de l’école, ils savent compter et lire assez bien pour se débrouiller dans un monde qui ne cesse de se transformer.

Les décideurs de la France (majoritairement diplômés des grandes écoles) et les USA (majoritairement diplômés de notre fameuse Ivy League) s’inquiètent de la condition de l’école. Ils veulent y porter remède. Mais chaque projet censé améliorer l’école finit par l’affaiblir (la récente réforme du collège en est un bon exemple). 

Pourquoi ?  Ils se refusent à voir que l’école n’est pas un problème pédagogique, mais sociétal.  Je ne sais pas comment il en est en France, mais aux USA les classes favorisées vivent à l’écart de la société.  Elles ont du mal à se faire une idée de la détresse qui afflige non seulement les classes populaires, mais la sacro-sainte classe moyenne.  On a donc tendance à prôner la solution technocratique là où la solution humaine serait plus efficace à long terme.  D’où la réforme des rythmes scolaires à l'école (France) et la remise à plat des examens de compétence en maths et lecture (USA). Il s’agit du bricolage éducatif.   

On ne peut faire état de la maladresse de la plupart des réformes scolaires sans remarquer que celles-ci aussi tendent toujours à tirer vers le bas. Ce n’est pas que la faute aux élites ; la société entière y est pour quelque chose.  Depuis les années 1970 on croit de plus en plus en la délicatesse de l’enfant.  Lui exiger beaucoup, c’est lui demander trop. La difficulté que posent certaines matières porte atteinte à la dignité de l’élève.  L’estime de soi l’emporte sur l’acquisition des connaissances de base. Qui plus est, l’excès de respect envers l’élève est même devenu une sorte de peur. Imposer trop de discipline à l’élève et ce dernier va se rebiffer, ou pire.

Aucune réforme scolaire ne réussira avant que l’on ne se débarrasse de ces notions nocives et erronées. 





jeudi 9 avril 2015

Pour sauver le monde, imposez le français comme langue universelle

Je suis fier d’être américain.  Je suis sensible aux défauts de l'Amérique tout comme à ses vertus, mais je n’en reste pas moins convaincu de l’exception américaine.  L’Amérique continue à attirer des gens des quatre coins du monde (dont la France).  Nulle autre société dans l’histoire n’a réussi à rassembler une population aussi hétérogène pour en faire une nation.  Je ne nie pas qu’il reste du terrain à gagner en ce qui concerne les inégalités économiques, raciales, etc., mais je suis certain pour autant que les États-Unis atteindront un jour ses idéaux.

Je reste pourtant très douteux quant à la culture anglo-saxonne et ses effets délétères qui, eux, ne cessent de se répandre dans le monde.  Les Américains et Britanniques peuvent être tout à fait aimables, mais méfiez-vous des Anglo-Saxons !


Dans tous les domaines, notamment dans les affaires, la cuisine, l’art de vivre et la culture, le rouleau-compresseur anglo-saxon cherche à refaire tous les pays du monde selon le même modèle, à savoir libéral, inégal, peu respectueux des traditions et langues locales.  L’idée anglo-saxonne est britannique, mais nous en sommes ses meilleurs représentants et en tant qu’hyper-puissance, nous sommes bien plus redoutables que nos cousins britanniques.

Une langue n’est pas qu’un système de règles grammaticales et vocabulaire, c’est l’expression d’un esprit.  Je suis persuadé que la langue française incarne le meilleur de l’esprit français, voire humain.  D'autant qu'économiquement et militairement la France ne peut faire concurrence aux Anglo-Saxons, c’est la langue et culture françaises qui doivent contrer l’influence des pays anglophones. L’humanité en bénéficierait. Vous n’auriez qu’à croire en vous.

samedi 28 mars 2015

Les Effets pervers des nouvelles technologies

La révolution numérique nous libérera (comme toutes les autres révolutions qui l’ont précédée furent censées faire).  On n’a de cesse de nous faire croire que les nouvelles technologies nous permettront de nous affranchir de toute contrainte imposée par les frontières (et, on sous-entend, celles imposées par les mœurs, les coutumes, en bref la culture bourgeoise - ou ce qui en reste).

Oui, la révolution qui est en passe de transformer, voire bouleverser la vie humaine a bien des points en commun avec les révolutions politiques et sociales de l’histoire (si ce n’est que l’histoire est désormais une matière ringarde, grâce au passage au tout numérique). Dans un premier temps, le mouvement qui commence en bas (gros ordinateurs fabriqués dans des garages par des particuliers visionnaires imprégnés de l’ambiance post soixante-huitarde qui les entoure) finit par être dirigé d’en haut (les grandes entreprises qui sont nées dans ces mêmes garages). L’essor de l’informatique est pareil, dans ce sens, à la Révolution russe.

Il ne faut pas se fier aux apparences : l’ambiance décontractée des années 1970 que le grand public croit régner chez Google, Apple, etc. n’est que la com. Il y a en fait une ligne directe entre les fondateurs des géants de l’informatique et les barons-voleurs du 19e siècle.  Les conditions de travail épouvantables dans les usines chinoises des sous-traitants d’Apple et la réponse musclée de Google face aux actions judiciaires de la part de la Cour européenne en sont la preuve.

Tout comme la révolution industrielle, la révolution numérique n’apporte pas que des maux pour autant. Si j'ai un certain niveau en langue française, ce n’est pas dû à l’école, mais à l’internet.  Ce dernier me permet d’écouter la radio française et de lire Le Figaro et Le Nouvel Obs (certes, je préfère la version papier des publications françaises et je suis chanceux d’habiter dans une grande ville américaine avec des marchands de journaux qui les vendent).  Dans toute l’histoire, on n’a jamais vu un si puissant outil pour faire répandre les connaissances et on peut facilement en profiter. 

Mais l’internet n’est pas encore arrivé à créer le paradis terrestre promis.  Il a en fait produit l’inverse de ce qu’il devait faire, dans bien des domaines (bien qu'il faille reconnaître que l’énorme majorité des usagers sont très contents de l’internet comme il est).  Voilà une liste non-exhaustive de la curieuse évolution de la Toile et les appareils qui nous permettent d’y accéder.

Chose promise : lInternet offrira libre accès à toutes les connaissances de l’humanité et les gens en profiteront pour améliorer leur condition.  Une nouvelle ère s’annonce.

Réalité : une nouvelle ère est bel et bien arrivée, mais ce n’est pas celle à laquelle on s’attendait.  Tout est disponible sur l’internet, pour le meilleur ou pour le pire, mais c’est souvent le pire qui prime.  L’internet est censé édifier, mais souvent ne fait que distraire.  On se rend compte, trop tard, que l’on a affaire å l’équivalent de la restauration rapide culturelle et non pas le second Temps des lumières.  La Toile tire vers le bas.  Ceux qui possèdent de l’érudition sont bien placés pour profiter de l’internet (chercheurs, journalistes, etc.), tandis que ceux qui n’en ont pas s’y fourvoient (extrémisme de tous bordsharcèlement, dépendance aux réseaux sociaux).

Chose promise : l’internet transformera le commerce en rendant superflu le déplacement et l’intermédiaire.  La livraison à domicile de presque n’importe quel achat est désormais possible avec le seul clic sur l’ordinateur, voire avec les « smartphone » .

Chose promise, chose due. Mais plus ça change, plus c’est la même chose. Nous sommes toujours dans l’ère sauvage du capitalisme 2.0.  Pendant les premières phases de la révolution industrielle et les premiers pas du capitalisme, les grands avalaient les petits et les ouvriers étaient exploités, au profit des barons-voleurs. À nos jours, les grands avalent les petits encore et les ouvriers perdent leurs emplois grâce aux délocalisations et la concurrence déloyale.  Le commerce sans frontières, dont l’internet est en grande partie responsable, rend possible la fabrication là où les conditions sont les plus favorables. Dans cette période ultra-libérale, cela se traduit par le déménagement des usines aux pays low-cost.  

L’internet est fait pour bénéficier le consommateur (le Roi des temps contemporains), aux dépens de tous les autres acteurs de l’économie sauf la finance. Mais aussi de la culture - l’ennemi juré de la culture (et pas uniquement la nôtre), voué à sa destruction, est la face cachée de l’internet bienveillant.  Amazon fait du chantage aux maisons de l’édition et aux librairies.  Le consommateur, qu’il soit français ou américain, y est tout à fait indifférent - l’important, c’est de pouvoir commander des livres bradés sur internet.  Il n’y a qu’un inconvénient : bientôt il n’y aura plus de librairies.  L’espace public est en passe de devenir un désert ; on en est déjà arrivé là dans certains quartiers de New York et selon plus qu’un reportage que j’ai lu, dans beaucoup de centres-villes hexagonaux.

Ce n’est pas par hasard que la plupart de ces innovations technologiques viennent de notre côté de l’Atlantique.  Depuis l’aube de l’âge industriel, les Américains n’ont pensé qu’aux avantages des inventions qu’ils créent, qu’il s’agisse de la voiture, les céréales...ou le smartphone. Aux USA, celui qui dit que le smartphone nuit à l’art de vivre prêche dans le désert.  Chez nous, l’écran est devenu le centre de l’existence, pour le meilleur ou le pire ; on n’en a cure. Telle est de plus en plus la situation en France et partout dans le monde. J’espére pourtant que vous vous révolterez contre la dictature de l’écran, étant donné que vous résidez dans le pays de la culture et l’art de vivre. On verra.

samedi 7 février 2015

Ce qu’ils ont en commun


Je suis aveugle (au sens figuré du terme), dans bien des domaines.  Je me crois pourtant assez doué en ce qui concerne la détection de la présence ou, le cas échéant, le manque d’authenticité chez les gens.

Les mots eux-mêmes ne peuvent révéler l’état d’âme d’une personne. Le vrai centre spirituel ne peut être aperçu qu’à travers le visage, les gestes et le registre de la voix.  On n’a toujours pas l’intention de tromper en parlant, mais les mots souvent brouillent les pistes, en quelque sorte. 

En général je doute des bénéfices à long terme de l’internet et les nouvelles technologies pour la société (bien que ce soient eux justement qui vous permettent de lire ce blog !).  J’en profite pourtant pour pouvoir écouter la radio française, en particulier les discours de votre président, ceux de l’ancien président et les entretiens de Marine Le Pen. Évidemment, ce n’est pas pour faire preuve de ma cohérence personnelle en matière de politique.  C’est plutôt pour écouter des discours que j’estime authentiques. Cette qualité est par ailleurs manquante chez la grande majorité des personnalités politiques américaines.

Or, Sarkozy, Marine Le Pen et Hollande ont été accusés de tous les maux qui existent.  Mais lorsque je les entends parler, je suis convaincu qu’ils croient à ce qu’ils disent.  Ça compte pour quelque chose.

Je me rends compte que vous pourriez conclure que j’ai une drôle de définition du mot « authenticité ».  Soit.

À titre de comparaison, les discours des personnalités politiques ci-dessus me font grincer les dents. J’y vois un manque absolu d’authenticité. Je n’en ai aucune preuve, ce n’est que ma conviction personnelle, qui est renforcée chaque fois qu’ils paraissent en public.




vendredi 2 janvier 2015

Fractures franco-américaines

Je viens de lire l’ouvrage de Christophe Guillet qui est paru en 2010, intitulé Fractures françaises.  Si vous en avez entendu parler, c’est fort à parier que vous l’avez oublié aussitôt, d’autant que tant de livres qui prétendent expliquer le malaise français paraissent chaque année que l’on s’y perd. Dans le seul millésime 2014, on pourrait mentionner La France, le pays que l’on abat, par Natacha Polony et Suicide français, par Éric Zemmour (on doit remarquer que ce dernier a été un assez grand succès de librairie).  Il y en a bien d'autres.

Selon M. Guillet, la France populaire a été reléguée aux zones dites périphériques.  Ignorée, voire oubliée par la classe politique au profit des banlieues, la classe ouvrière (composée et des Français de souche et des Français issus de l’immigration européenne des années 1950 et 1960) reste néanmoins majoritaire.  Principaux bénéficiaires des Trente glorieuses, les couches populaires ont été les victimes de la mondialisation et la précarité qui en est la conséquence.  Le concept de la fameuse classe moyenne est trompeur dans la mesure où la notion des zones pavillonnaires solides qui existent en opposition aux banlieues n’est elle-même plus valide. Trente ans de chômage en masse ont fait s’effriter les bases de la classe moyenne, à un tel point qu’une partie importante de cette classe vit dans la précarité.

D’une part, en tant qu’Américain, j’ai un peu de mal à comprendre la différence, s’agissant de la France, entre « couches populaires », « ouvriers » et « classe moyenne ». J’ai l’impression que ces termes font référence plus ou moins à la même chose, tandis qu’au XIX siècle la classe ouvrière et la classe moyenne étaient bien différentes l’une de l’autre.  Dans Fractures françaises, « classe moyenne » et « couches populaires » semblent interchangeables, si j’ai bien suivi l’argumentation de l’auteur.

Mais voilà l’effet égalitaire des Trente glorieuses, aux USA comme en France.  La généralisation de la prospérité a transformé la classe ouvrière et en a fait des « salariés ».  L’époque des barricades est révolue, celle du pavillon est bel et bien arrivée.

Certes, l’ouvrier français était plus radicalisé que son homologue américain et continue à l’être, même à nos jours.  Malgré un taux de syndicalisation de plus en plus faible et en France et aux USA, la France est très souvent paralysée par des grèves, tandis qu’en Amérique, la grève n’est plus qu’un exercice de théâtre. En France, les syndicats ont une influence disproportionnée par rapport au nombre réel des syndiqués.

Selon Christophe Guilluy, la France périphérique peine à se faire entendre auprès de ce que l’auteur appelle les « prescripteurs d’opinions ».  Éloignés des grandes métropoles et ignorés, dans les deux sens du terme, par « la France qui compte », les couches populaires ont pourtant un poids électoral qui s’est fait sentir en 2007 ; leur colère se traduit à nos jours par l’essor du Front national.

Nous avons notre propre « Amérique périphérique ». Majoritairement blanche et ayant plus de 45 ans, habitant dans l’Amérique profonde et inscrite au Parti républicain, cette Amérique a eu du mal à digérer l’accession au pouvoir d’Obama et ne s’enthousiasme pas non plus pour l’immigration hispanique. Le métissage continu des USA donnera du fil à retordre aux Républicains aux prochaines présidentielles.  Cependant, les circonscriptions électorales, souvent faites sur mesure pour assurer la réélection des Républicains à l’Assemblée nationale (le Congrès) expliquent, en grande partie, la défaite cuisante subie par les Démocrates aux élections de mi-mandat (en novembre 2014).  Les vieux blancs hurlent en disparaissant.

mercredi 5 novembre 2014

Le Prix Nobel

Les États-Unis et la France subissent beaucoup d’expériences en commun, mais nous les vivons - c’est le moins que l’on puisse dire - différemment.

Prenons l’exemple du prix Nobel.  Nos deux pays en ont reçu une quantité impressionnante.  Dans votre cas, c’est d’autant plus remarquable que la France ne dispose que d’1 % de la population mondiale.

Nos prix Nobel sont un héritage dont nous devrions être fiers. Cependant, en l’occurrence ces honneurs n’ont pas suscité toute la fierté que l’on espérerait.  Ici, lorsqu’un de mes concitoyens gagne le prix Nobel, cela peut faire la une...du New York Times ou du Washington Post, mais le grand public n’en fait pas vraiment grand cas.  C’est l’actualité du jour et on l’oublie aussitôt.  Nous sommes des patriotes convaincus - sauf chez les classes les plus aisées - mais ce ne sont pas nos prix Nobel qui nous font agiter le drapeau rouge-blanc-bleu.  Le prix Nobel, c’est un truc des têtes d’œuf. 

Chez vous, c’est un peu plus compliqué.  Cette année, vous avez remporté deux prix Nobel majeurs.  Vous auriez dû vous en féliciter.  J’ai toutefois l’impression que cet évènement n’a fait que mettre en relief tout ce qui ne marche pas en France.  Vous remarquez plutôt que l’Éducation nationale n’est plus en mesure de former des futurs candidats au prix Nobel.  Patrick Modiano et Jean Tirole représentent une époque qui est révolue en France.

Je suis certain que parmi les 65 millions de Français, il doit y en avoir qui se sont réjouis que deux compatriotes aient reçu un prix si prestigieux.  J’ai deux sources fiables qui témoignent pourtant du paroxysme d’introspection que l’attribution du prix Nobel a provoqué chez vous.  Le New York Times nous racontait, dans l’édition du 13 octobre 2014 que la joie suite à l’annonce n’était pas généralisée, loin s’en faut.  Lorsqu'Éric Zemmour a abordé le sujet du prix Nobel sur RTL, il était tout sauf content.

Ce que l’on ne verrait jamais aux USA : un journaliste qui saisit l’occasion de l’attribution du prix Nobel à un concitoyen pour montrer du doigt la décadence de son pays.  L’autocritique dont on témoigne en France autour du prix Nobel nous est étrangère. Nous sommes plutôt partisans de l’indifférence.

mercredi 10 septembre 2014

La plus bête droite au monde

Excédé sans doute par la rivalité de cour de récré entre Fillon et Copé, ou par encore un tweet mal réfléchi de la part d’un ténor de l’UMP ou bien par une autre droitisation politicienne de Wauqiez, Copé ou qui que ce soit afin de séduire les électeurs du FN, Alain Duhamel fut poussé, dans une de ses chroniques sur RTL, de qualifier l'UMP comme « la plus bête droite au
monde ».

Normalement je suis d’accord avec M. Duhamel.  J’apprécie l’équilibre de ses analyses.  Mais cette fois-là il a eu tort. Le parti de droite aux USA, le Parti républicain, est bien plus bête que l’UMP du point de vue idéologique. L’UMP ressemble plus à notre parti de centre gauche, le Parti démocrate (je suis loin d’être le premier à l’observer). Au programme chez les Républicains : le déni du réchauffement climatique, un refus catégorique d’accepter la théorie de l’évolution chez un nombre important de ses adhérents, une opposition à la réforme de l’assurance santé qui ne cesse toujours pas, quoi que la loi soit entrée en vigueur il y a plus d’un an et ait été validée par la Cour suprême américaine.

Traumatisés par l’élection d’Obama, la haine des Républicains envers celui-ci est devenue caricaturale.  Le seul projet du parti est d’ores et déjà de stopper toutes les réformes du président, coûte que coûte.  Leur comportement politique assurera que le candidat républicain perdra dans la prochaine élection présidentielle.

Le problème est que les Républicains restent très forts dans le Congrès.  Leurs circonscriptions sont sûres - aux USA, une fois élu au Sénat ou au Congrés, on peut y rester aussi longtemps qu’on le voudra.  C’est la poursuite judiciaire qui fait sortir nos élus de leurs sièges plus souvent qu’un mauvais résultat électoral.

mercredi 23 juillet 2014

Mondial de foot : La France et les USA en sortent grandis





La presse a déjà beaucoup commenté la bonne performance des Bleus et pour cause.  Les louanges, l’équipe nationale de France les a méritées.  On peut dire qu’après 2010, la France n’avait pas besoin de remporter la Coupe de monde ; elle aurait dû être contente de s’en tenir à un peu de cohésion et de maturité et au Brésil elle en a eu, dieu merci.  À part Benzema, les Bleus n’avait pas de stars et ce n’est pas du tout certain que des stars les aient aidés.  Elle avait besoin d’une équipe qui ne déshonore pas le Tricolore et maintenant on peut dire, avec fierté, qu’elle en a une.

Quant aux USA, le défi était moindre, mais c’était tout de même un défi de taille.  Ce n’est que récemment que le foot intéresse le public américain, qui, lui, préfère le baseball, le basket et le 
« football » américain bien devant le soccer (comme nous le désignons). Notre équipe a atteint le 8e de finale avant d’être éliminée par la Belgique.  Ce n’est pas la première fois que nous sommes allés si loin, mais ce qui était inédit, c’étaient les foules qui se sont rassemblées devant les écrans géants pour regarder les matchs. Quand nous avons perdu, la déception était réelle.

Certes, les enjeux pour la France étaient bien plus importants.  Si les joueurs français s’étaient comportés comme en 2010, ils auraient porté un coup mortel non seulement au football français, mais, j’ose dire, à l’identité nationale.  Le score du match où les Bleus ont été éliminés (1-0) semble prometteur, vu l’effondrement de la Selecção (7-1).  Les Américains quant à eux oublieront le foot jusqu’en 2018.  Pour nous le football est toujours un sport exotique, si beau qu’il soit.

mardi 15 juillet 2014

Origines inattendues

Mon dictionnaire de français (Larousse de poche, édition de 2011), a été imprimé en Espagne. J’en ai un autre de publication plus récente (2014) ; il a été imprimé en Italie.  En revanche, mon dictionnaire Larousse anglais-allemand a été imprimé en France.

Mon dictionnaire de poche d’espagnol est le seul à avoir un terroir.  Il est de fabrication mexicaine. 

samedi 14 juin 2014

L'anglais ferme des portes

Vous êtes des cancres en anglais et apparemment cela nuit à la compétitivité de la France dans le marché mondial.  Selon une étude réalisée par EF (Education First - voir l’article), la France se classe dans le dernier rang des pays comparables, derrière même les Espagnols et les Italiens.  La conclusion de létude est sans appel : la défense aveugle de la Francophonie et le peu de priorité dédié à l’apprentissage de l’anglais dans l’enseignement secondaire condamnent les Français à une faible maîtrise de la langue de Shakespeare.  Étant donné que l’anglais est devenu la langue mondiale des affaires, la France se trouve dans une situation désavantageuse par rapport aux pays du Nord.  Eux commencent l’anglais dès l’enfance et utilisent des méthodes bien plus efficaces que les vôtres.


Dans un premier temps, en lisant l'article, je remarque une autre tendance qui n’a rien à voir avec votre attitude vis-à-vis des langues étrangères.  Si vous êtes peu disposés à maîtriser l’anglais, en revanche vous êtes des adeptes de l’autocritique.  S’il arrive que la France soit en bas de classement dans une catégorie quelconque, vous avez l’air sinon de vous en féliciter, pour le moins de vous en délecter.  « Pauvre France » est la phrase que vous avez toujours aux lèvres.

Je suis originaire du pays qui est, au contraire, le moins enclin à l’introspection au monde. Il semble que les Français souffrent du même narcissisme que les Américains, en sens inverse.

Nous occupons le trentième rang dans le classement PISA en maths et cela a fait couler beaucoup d’encre ici.  Mais chez nous les mauvais résultats scolaires sont comme les accidents de voiture : c’est toujours la faute de l’autre.  Suite aux révélations troublantes, en Amérique il est rare que le caractère des Américains soit mise en cause (Les USA restent le premier pays du monde, malgré toutes les preuves qui suggèrent le contraire), tandis qu’en France j’ai la forte impression que les révélations comme celle concernant l’enseignement de l’anglais vous déchirent le cœur - on vous rappelle, encore une fois, que la France n’est plus ce qu’elle était. Par exemple, dans la presse française, la réforme du marché du travail chez vous est considérée comme un défi existentiel - « Les Allemands l’ont fait, et nous alors ? »

Ce que nous partageons pourtant, c’est l’allergie à la vraie réforme.  Qu’il s’agisse du changement climatique (USA), ou les 35 heures (évidemment, une spécialité hexagonale), et en France et aux USA des vifs débats se poursuivent sans que grand-chose ne change pour autant.  Je suis convaincu que la France et les USA sont les deux champions du monde en matière de difficulté de faire bouger les lignes sur les réformes qui comptent.  Les débats sur la réforme territoriale et le régime des intermittents du spectacle (vous en avez entendu parler ?) remontent au début des années 2000, sinon plus loin, alors que nous n’en finirons jamais avec la réforme de l’assurance santé et la réglementation sur les armes.

Mais je devrais revenir au sujet.  Personne ne pourrait nier qu’une meilleure maîtrise de l’anglais est un atout.  Cependant, en tant qu’anglophone, je me dois de dire que si la maîtrise de l’anglais peut ouvrir des portes dans divers domaines, la dominance de ma langue maternelle a eu aussi des effets pervers.

Dans un monde où tout le monde veut parler anglais, ce n’est pas la peine pour nous d’apprendre une langue étrangère. Jadis, les anglophones parlaient leur langue plus fort s’ils voulaient se faire entendre par les étrangers.  Aujourd’hui ils peuvent parler tranquillement, dans l’attente que leurs interlocuteurs puissent les comprendre facilement. Ceux qui ne parlent pas anglais ont envie de l’apprendre (sauf les Français, selon l’article).  J’ose croire qu’entre la frontière allemande jusqu’aux pays scandinaves un touriste anglais ou américain pourrait voyager en toute sérénité, sachant que la plupart des habitants du pays qu'il visite peuvent lui répondre dans un anglais impeccable.

Que c’est agréable quand tout le monde partage une langue commune ! Pour les anglophones, c’est un paradis terrestre.  Les autres langues et les cultures qu’elles représentent se sont inclinés gentiment devant le rouleau-compresseur anglophone.  On est désormais prêts à profiter ensemble de la mondialisation.  On n’a plus besoin de s’imaginer dans la place de l’autre, d’assimiler un esprit étranger, de lutter avec les difficultés de l’allemand, les subtilités du français.  La découverte des autres pays est désormais aussi belle qu’elle est facile.  C’est parti pour le libre-échange des idées, tout comme pour les biens.




mercredi 23 avril 2014

Le 19e Siècle est de retour

L’élan nationaliste déterminait l’histoire du 19e siècle.  Or, le nationalisme n’est pour nous qu’une barbarie, mais il y a cent ans (je me mets d’accord avec les historiens qui nous racontent que le 19e siècle dura jusqu’en 1914) il était la force dont se nourrissaient tous les grands pays (et les petits pays aussi) de l’Europe.  On appartenait à une nation et cette appartenance définissait un peuple.  Le fait d’être français, allemand, etc. conférait la seule identité qui comptait, mais aussi de la supériorité.  Un Anglais valait deux Allemands et vice versa.  Les Français étaient vains et frivoles et les Allemands étaient forts.  Les Français étaient civilisés et les Allemands étaient brutaux.  L’autocritique était rare et on aimait bien s’attribuer toutes les vertus.

Aujourd’hui le nationalisme est considéré comme une idée saugrenue chez la classe dirigeante et dans les médias, mais l’essor du populisme en Europe se nourrit, à mon avis, de l’écart entre les élites qui se croient au-dessus du nationalisme et le peuple qui, lui, y reste attaché malgré tout le progrès que la civilisation est censée avoir fait.  Le dégoût médiatique à l’égard du Front National et les autres mouvances populistes européennes n’a pas su empêcher Marine Le Pen de devenir de plus en plus respectable. Monsieur et madame tout le monde restent fidèles à l’idée de la nation et les élites n’en reviennent pas.  Peu importe, le ras-le-bol envers la classe politique et la construction européenne refuse de disparaître.

L’indignation envers la Russie ces derniers mois est du même genre.  Dans l’Occident on a tant de mal à accepter que Poutine veuille ajuster les frontières russes de telle sorte que ces dernières protègent désormais tous ceux qui possèdent l’ethnie russe.  Si l’on reste éveillé dans la classe d’histoire-géo, on se rend compte éventuellement qu’il n’y a rien de plus normal.  Dans l’histoire mondiale, combien de guerres et autres bouleversements y a-t-il eu au nom de réunir les populations qui partageaient une nationalité ?

Cependant, les pays principaux de l’Occident, dont la France et les États-Unis, digèrent mal la démarche de Poutine.  Selon eux, Poutine transgresse la loi internationale.  Cela se peut, mais pire, il va à l’encontre du bon goût postnationaliste.  À ce stade de l’histoire (ou selon certains beaux esprits, de la posthistoire), on aurait dû évoluer à un tel point de ne plus vouloir obéir aux sirènes pan-slavistes.

Pas étonnant donc que la réponse des ministères des affaires étrangères de nos deux pays soit si mal adaptée au défi que Poutine nous a lancé.  En privant la Russie de deux bateaux Mistral la France ne fera que nuire à l’économie française.  Quant aux Américains, les mesures qu’ils ont mises en œuvre jusqu’ici ont plus de force symbolique que diplomatique.  Nous défendons les droits de l’homme, mais ce ne sont pas les droits de l’homme dont il est question en Ukraine, mais d’un règlement de frontières.  Ce n’est ni la première ni la dernière fois que l’on en aura témoigné.

lundi 24 mars 2014

Que de mauvaises nouvelles

La presse britannique est dure envers la France, surtout la presse de caniveau (cette dernière est une spécialité anglaise que nul autre pays n’arrive à égaler).  Mais tout le monde sait que ce phénomène n’est qu’un reflet de la rivalité franco-britannique qui existe depuis l’an 1000 environ. L’Eurostar assure le lien ferroviaire entre Londres et Paris depuis deux décennies, mais n’a rien fait pour combler le fossé qui sépare l’esprit anglo-saxon de celui des Français.

C’est étrange justement d’observer que s’agissant de la France, le New York Times, notre journal de référence, aime dire tout bas ce que The Sun et The Mirror disent très haut.  En dépit de la grande quantité de francophiles parmi ses abonnés, les sujets préférés des envoyés spéciaux en France du Times semblent être la morosité de l’économie française, les scandales qui entourent vos personnalités politiques, et le départ des jeunes à l’étranger.

Nous savons, vous et moi, que le Times ne ment pas, puisque la crise économique en France est bien réelle, tout comme le ras-le-bol avec la classe politique et le projet européen.  L’exode des jeunes, frustrés par les entraves (charges, règles, etc.) qui gênent ceux qui pourraient créer des richesses en France est un problème avec lequel vous êtes déjà familiers.

Je trouve pourtant que l’emphase du Times sur tout ce qui ne marche pas en France (cette tendance me fait penser aussi au Figaro) est, elle aussi, un reflet d’un principe fondateur des relations franco-américaines.  À savoir, la France, si belle qu’elle soit, est l’allié qui pose toujours problème, et le devoir d’un bon journaliste américain est de la fustiger. Même chez le New York Times.

(voir article) 

dimanche 26 janvier 2014

Le Journal de 23 h

Ici nous avons une tradition de la télévision qui existe depuis des lustres : le journal de 23 heures.  Cette émission est difficile à faire comprendre à un étranger.  Elle consiste en une litanie de faits divers locaux qui n’intéresseraient souvent que les riverains du quartier concerné.  Des accidents routiers, des agressions criminelles à Brooklyn ou dans le Bronx (les agressions ayant été pourtant banalisées aux USA), une mère gorille du zoo de Central Park qui met au monde un bébé sont le genre d’évènement sur lequel nos chaînes de télévision classiques NBC, CBS et ABC aiment faire le point entre 23 h et 23 h 30.

Or, le preuve que l’actualité française ne passe pas tout à fait inaperçue chez les classes populaires new yorkaises se trouve dans le fait que le chef d’État français a été mentionné dans le journal de 23 h d’hier soir.  En l’occurrence, c’était (et on ne devrait peut-être pas s’en étonner) la rupture de François Hollande avec Valérie Trierweiler dont le journal a fait objet.

Naturellement, l’animateur du journal a écorché « Trierweiler ».