mardi 10 décembre 2013

Nuls en maths

Bonjour M./Mlle Élève Français(e) ou Américain(e),

Si ton habilité en maths est suffisante pour trouver la valeur de la variable de l’équation suivante, 3X - 2 > 4, tu es probablement:

1. issu(e) d’un milieu social favorisé.

2. assez mal à l’aise dans votre société, car en dépit de nombreuses intérrogations sur la sous-performance de ton pays en matière de mathématiques, les maths ne sont pas respectées ni par tes copains, ni par la culture médiatique.

Je te plains, tout en te félicitant de ton habilité.

Si tu peux résoudre cette équation, f(x)= 6, tu n’es

1. ni français(e)

2. ni américain(e)

3. mais chinois(e), coréen(ne), ou japonais(e).

samedi 9 novembre 2013

Le Pessimisme


D’après une enquête Ipsos réalisée en printemps auprès de plus de 6 000 Européens, les Français arrivaient en tête en matière de pessimisme, avec 97 % des ménages estimant que les choses iraient de mal en pire dans les années qui viennent.  Il fallait être surdoué pour l’emporter sur la concurrence : 94 % des Espagnols et 91 % des Italiens partageaient votre avis.

Vous étiez très clairs quant à vos inquiétudes : vous craigniez le déclassement, le déclin progressif du modèle social français et un avenir où vos enfants vivraient moins bien que vous en général. 

Peut-on y croire pour autant ? Les enquêtes qui sondent les sentiments des gens ne me semblent pas très fiables.  Rappelons-nous que les questions du sondage que je viens de citer portaient sur l’avenir et non pas le présent - il est normal que l’inconnu suscite des inquiétudes.  On peut donc être content du présent (ou pour le moins vivre un présent qui offre la possibilité de l’être), tout en prévoyant un avenir plein de doutes.  « Croyez-vous que vos enfants vivront mieux que vous ? » est une question faite pour saper la confiance.  La confiance, c'est une évidence que vous en manquez, car vous y répondiez majoritairement « non ». 

En tant qu’Américain je vous dirais que les choses ne peuvent être si mauvaises que ça. Puis je me rappelle que la France est un pays où un philosophe (Alain Finkielkraut) peut faire la une d’un hebdomadaire majeur (Le Point du 10 octobre).  C’est le pays de Sartre et Camus.  En France vous faites des réflexions et les réflexions mènent inéluctablement au doute.

Naturellement vous vous indignerez et me répondront dédaigneusement que je n’exprime que mon souhait si typiquement américain de voir le verre à moitié plein.  Nourri de mythes hollywoodiens, il m’est culturellement impossible de voir les choses en noir, si terribles qu'elles soient en réalité.

Mais si nous sommes un peuple qui a du mal à réfléchir, nous n’en sommes pas plus optimistes.  Le taux de confiance en l’avenir aux États-Unis a atteint un niveau historiquement bas ; il a en fait dégringolé depuis la crise de 2007-8. Le pessimisme n’est pas limité au domaine matérialiste non plus.  Dans un sondage réalisé en 2012 auprès de 2 000 Américains, deux-tiers se sont révélés inquiétés du déclin des valeurs traditionnelles. D’autres sondages rapportent que deux-tiers de mes compatriotes croient que l’Amérique est « sur la mauvaise voie ».

Malgré le regard positif que certains économistes et commentateurs français dirigent vers l’économie américaine, à mon avis vous n’avez pas grand-chose à nous envier, tout compte fait.  Bien sûr, le marché du travail et la réglementation excessive gênent la croissance en France, mais au-delà de la finance et les grandes entreprises internationales, ça ne va plus économiquement aux USA non plus - l’Amérique profonde a été particulièrement touchée par la désindustrialisation et le déclin de valeurs évoqué ci-dessus.  Notre inégalité des richesses ne cesse de s’élargir, la précarité menace d’anéantir la classe moyenne, la possibilité de faillite personnelle en raison des dettes médicales hante une partie importante du public américain (en dépit de la réforme de santé qui vient d’entrer en vigueur) et j’en passe.


Cependant, la photo que j’ai affichée ci-dessus serait une impossibilité aux États-Unis.  L’autocritique n’y franchit jamais une certaine limite.  Ici il faudrait que l’on en arrive au retour des conditions des années 30 pour que nous pratiquions l’auto-flagellation hexagonale.


mardi 24 septembre 2013

La France et les États-Unis : seuls contre tous sur le dossier syrien

Il est rare que la politique étrangère de la France s’aligne sur celle des États-Unis.  Aux USA votre pays est normalement considérée comme notre meilleur ennemi.  On pourrait évoquer la brouille de 2003 à la suite de notre invasion de l’Irak et la sortie de la France de l’OTAN en 1966 pour n’indiquer que quelques exemples bien connus du refus de la part de la France de se soumettre à l’Oncle Sam. Vous nous accusez d'avancer nos vulgaires ambitions géopolitiques, pour ne pas dire impériales, sous couvert d’assumer le rôle de gendarme pour le monde entier et seul défenseur de valeurs démocratiques.  Pour nous, la France est un allié dont on peut bien se passer, le pays qui nous a montré de la bienveillance à notre naissance et indépendance, fêté notre adolescence avec la Statue de la Liberté, mais, une fois que nous sommes devenus une puissance mondiale, ne pouvait plus nous supporter.

Nous sommes faits pour nous entendre, mais l’histoire des relations franco-américaines, surtout depuis 1945, est une histoire de malentendus, voire de mépris et de rejet.  C’est quand même curieux que sur le dossier syrien nous ayons fini par nous mettre tout à fait d’accord.

Il faut préciser que c’étaient plutôt nos présidents respectifs qui, dans notre grande tradition droit-de-l’hommiste, ont pris la décision d’intervenir militairement en Syrie pour sanctionner Bachar Al-Assad.  Ils n’ont consulté personne préalablement.  Ils n’avaient pas pris en compte la frilosité des législateurs, ni le manque d’esprit guerrier de la part des publics français et américain. Donc, on ne peut pas dire que les peuples des pays concernés donnent leur soutien à ce projet, bien au contraire.

Or, on a tiré sur Obama et Hollande à boulets rouges.  Des commentateurs de tous bords les ont calomniés et c’est Vladimir Poutine plutôt que tout le monde couvre d’éloges (même François Fillon lui fait la cour et Éric Zemmour salue la cohérence de sa politique étrangère). Il est incontestable que Poutine, ayant saboté l’action militaire franco-américaine au Conseil de sécurité, a ensuite tiré Obama et Hollande de l’embarras en donnant le feu vert au démantèlement de l’arsenal chimique syrien.  Il reste à savoir si ce projet va se poursuivre ou pas, mais pour l’instant, Obama et Hollande devraient être reconnaissants du geste que Poutine leur a fait. Car ils ont montrés leurs cartes et ont découvert aussitôt qu’ils n’avaient pas les gagnantes.  Une frappe militaire ne mettrait pas au pas le gouvernement syrien et serait certaine plutôt d’aggraver une situation au Moyen Orient déjà très tendue.  Politiquement, pour Obama et Hollande des pourparlers qui n'aboutissent à rien valent mieux à ce stade que des menaces d’intervention militaire ambiguës.

Il est pourtant impossible d’oublier que de tous les acteurs qui ont intérêt à ce que la crise syrienne soit résolue, Obama et Hollande ont été les seuls à agir par principe. S’agissant de la Syrie, ils ne se sont pas montrés les plus intelligents, mais ils se sont prouvés les moins cyniques.

jeudi 29 août 2013

L’immigration

S’il y a une identité nationale américaine, il est incontestable que l’immigration en est une partie essentielle.  Presque tous les résidents actuels des États-Unis sont les descendants des gens qui sont venus d’ailleurs ; une partie importante de la population américaine est même née à l’étranger.  L’exception, bien sûr, est le cas des Indiens - leur exclusion fut, comme l’esclavage, le péché originel notre pays ; nous sommes toujours en train de l’expier.  Mais le droit d’émigrer en Amérique pour s’y réinventer est l’une des idées fondatrices de notre république.  Pour nous, le fait que la question des Indiens ne soit pas résolue ne diminue pas du tout la puissance de l’idée que les USA sont le pays où l’immigré sans espoir peut s’installer et faire fortune.  La preuve en est les dizaines de milliers de gens de toutes parts qui cherchent la citoyenneté américaine chaque année, ou pour le moins le droit de résidence (dont une quantité non négligeable de Français).

La France a elle-même subi des vagues d’immigration, particulièrement depuis le tournant du siècle dernier et continuant, bien sûr, jusqu’à nos jours.  Je pense des parents et grands-parents d’Anne Hidalgo, Manuel Valls et Aurélie Filippetti entre 1920-1970 ; depuis 1970 on a, bien sûr, témoigné du phénomène de l’immigration maghrébine et africaine.  On pourrait toujours dire que, tout compte fait, de tous les pays d’Europe, la France reste le plus accueillant pour les étrangers ; la France peut aussi compter plus d’histoires de l’intégration réussie qu’elle ne croit.

L’immigration ne fait pas pour autant partie du mythe national (s’il y en a un) de la France.  S’il y a un un rêve français, je ne crois pas qu’il joue le même rôle clé dans votre culture nationale qu’aux USA. Certes, quelques Américains « de souche » s’inquiètent du caractère de plus en plus polyglotte de leur pays et la réforme des lois qui portent sur l’immigration et nationalisation occupe la classe politique.  Chez nous l’immigration n’est pas pour autant un défi existentiel, comme elle l’est en France et plus largement en Europe. Nous avons plein de ghettos, mais ils ne sont pas liés à une politique migratoire échouée.

jeudi 18 juillet 2013

Barack Obama et François Hollande

Il ne semblerait pas y avoir beaucoup de traits communs entre nos présidents.  L’un représentait une vraie rupture dans la politique présidentielle américaine quand il fut élu en 2008.  Fils d’un Kenyan et une mère blanche, Obama était le symbole par excellence de la nouvelle Amérique : métissée, ouverte, mondialisée.  Là où son prédécesseur divisait et agaçait, pendant sa première campagne Obama était prometteur et rassembleur.  Il incarnait tout l’espoir d’un pays épuisé et déçu par huit années de guerre et division, le tout comblé par la crise financière de 2007.

Tout comme nous en 2008, en 2012 vous en aviez eu assez du président sortant.  Vous avez pourtant choisi d’élire le produit pur du système.  Énarque et apparatchik expérimenté, François Hollande avait vécu les guerres fratricides du PS (et avec du recul, il paraît que sa meilleure vertu était peut-être qu’il y avait survécu). Peu importe, vous étiez prêts à accueillir un nouveau locataire l’Élysée.  Vous avez fait d’ailleurs peu de cas de son manque de charisme et dynamisme.

Malgré toutes leurs différences, Hollande et Obama partagent un point commun important.  Les deux ont réussi à décevoir leurs pays respectifs et les causes de la déception sont les mêmes. Et sur Hollande et sur Obama on projetait tous les espoirs frustrés qui s’étaient accumulés pendant le mandat précédent.  En 2008, les Américains regardaient Obama et n’y voyaient que ce qu’ils voulaient.  C’était un cas de narcissisme en masse et vous n’en aviez rien appris en 2012. Et en France et aux USA, on s’attendait à ce qu’un messie vienne nous sauver, mais on n’a malheureusement élu qu’un être humain.

mercredi 26 juin 2013

Amazon.fr : cheval de Troie


Imaginez qu’une grande multinationale démontre de l’intérêt à ouvrir un gros entrepôt aux alentours d’une commune très touchée par le chômage.

Impossible de s’y refuser !  Avec tant de jeunes en mal d’emploi, personne n’a la patience d’examiner de plus près la qualité des postes promis.  Une embauche est une embauche !  Que l’entreprise vienne construire son entrepôt, notre jeunesse sera ravie d’y travailler.

Les contrats sont signés et l’entreprise (en l’occurrence, Amazon France) construit son entrepôt gigantesque pour assurer sa logistique dans la région.  La laideur du bâtiment devrait donner de quoi s’inquiéter, mais les autorités sont toutes touchées par l’aveuglement.

Les embauches promises s’effectuent : un millier de salariés travaillent désormais dans l’entrepôt de façon permanente.

Le temps s’écoule et les premiers bémols commencent pourtant à s’entendre.  Le rythme de travail soutenu est apparemment insupportable, selon les témoignages des salariés qui n’ont pas peur de s’exprimer.  Les salaires sont dérisoires.  L’ambiance au travail est lourde (c’est le moindre que l’on puisse dire). 

Les inquiétudes ne cessent de s’accumuler.  Amazon.fr emploie la vente au rabais pour étouffer la concurrence.  Les petites librairies se ferment.  Les réclamations du fisc envers Amazon, toujours pas résolues et dont personne ne se souvenait lorsqu’on signait les contrats, commencent à faire grincer les dents.

Au fil du temps on se rend compte que l’on aurait dû tirer une leçon de l’antiquité, car on s’est fait avoir tout à fait.  On a laissé se construire un cheval de Troie en 2013 !

samedi 1 juin 2013

La Gestion des enseignants des deux côtés de l’Atlantique

Lors d’une interview sur RTL le 22 mai, le président de la Cour des comptes, Didier Migaud, a fait plusieurs préconisations concernant la gestion de l’école.  

M. Migaud a fait part de plusieurs constats qui m’ont retenu l’attention.  Dans un premier temps, il nous a rappelés que la performance de l’école française est médiocre par rapport à ce qu’elle était il y a quelques années (il aurait pu également dire « l’école américaine »). Ce fait n’offre pourtant rien d’étonnant : je
sais que M. Migaud a des chiffres à l’appui, mais tout de même il faut se méfier de la nostalgie.  Est-ce notre enfance ou l’école d’antan qui nous manque ?

Puis M. Migaud a fait état de l’affectation des enseignants les moins expérimentés, à savoir les débutants sont envoyés aux zones les plus difficiles, malgré les vœux de François Hollande (et ses prédécesseurs sans doute), tandis que les profs avec plus d'ancienneté sont affectés dans les endroits plus paisibles. Il serait plus efficace de mettre les profs les plus expérimentés (et donc endurcis) dans les ZEP.


Or, je
sais par expérience que l’enseignant en début de carrière qui doit tenter de gérer une classe difficile peut en sortir brisé.  Mais l’honnêteté m’oblige à avouer que même si j’avais eu bien plus d’expérience, je n’aurais guère fait mieux dans ma première affectation (dans un quartier défavorisé de New York).  J’estime qu’il faut s’interroger sur la solution proposée.  Est-ce réellement le niveau d’expérience des instits qui pose problème dans les collèges dits difficiles ? 

Et en France et aux États-Unis on a beaucoup de mal à faire le point sur les mauvaises conditions de travail des profs et le découragement que ces derniers subissent dans leurs premières années de service.  Je ne m’étonne pas que tant de jeunes professeurs commencent leur métier avec idéalisme, mais quittent l’enseignement après une ou deux années parce qu’ils n’en peuvent plus.